Pendant une campagne présidentielle, les passages des candidats à la télévision et à la radio sont chronométrés. Littéralement.
Les chaînes et stations concernées comptabilisent les interventions des candidats et de leurs soutiens, mais aussi plus largement le temps d’antenne qui leur est consacré. Elles transmettent ensuite leurs relevés à une autorité chargée de vérifier que personne ne bénéficie d’un avantage excessif : l’Arcom.
Mais contrairement à une idée répandue, tous les candidats n’ont pas droit au même temps pendant toute la campagne.
C’est quoi, l’Arcom ?
L’Arcom, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, est née en 2022 de la fusion du CSA, qui régulait historiquement la radio et la télévision, et de la Hadopi.
C’est une autorité publique indépendante. Parmi ses nombreuses missions figure la protection du pluralisme politique dans les médias audiovisuels. Pendant une élection présidentielle, son rôle est notamment de vérifier la manière dont les candidats et leurs soutiens sont exposés à la télévision et à la radio.
Une distinction est importante : ces règles concernent principalement les médias audiovisuels soumis à la régulation de l’Arcom. La presse écrite et les comptes personnels sur les réseaux sociaux ne sont pas soumis au même chronométrage.
Temps de parole et temps d’antenne : ce n’est pas la même chose
L’Arcom distingue deux compteurs.
Le temps de parole correspond aux interventions du candidat ainsi qu’à celles des personnes qui interviennent explicitement pour soutenir sa candidature.
Le temps d’antenne est plus large : il comprend ce temps de parole, mais aussi certaines séquences consacrées au candidat, par exemple des reportages ou des commentaires, dès lors qu’elles ne lui sont pas explicitement défavorables.
Ce sont donc non seulement les interviews qui comptent, mais plus largement la place accordée à chaque candidature dans les programmes.
D’abord l’équité, puis l’égalité
La règle essentielle de la présidentielle est simple : avant la campagne officielle, c’est principalement le principe d’équité qui s’applique. Pendant la campagne officielle, c’est l’égalité.
L’équité ne signifie pas que chaque candidat dispose exactement du même nombre de minutes. Pour l’apprécier, l’Arcom tient notamment compte de plusieurs critères : les résultats obtenus aux élections précédentes, le poids politique des partis et élus soutenant le candidat, les sondages d’opinion et l’activité réelle de sa campagne (réunions publiques, déplacements, débats ou exposition publique de son programme).
Un candidat très installé politiquement peut donc bénéficier de davantage d’exposition qu’un candidat très minoritaire, sans que cela constitue automatiquement une violation des règles.
Mais à l’ouverture de la campagne électorale officielle, le principe change. Les chaînes et radios doivent alors respecter l’égalité des temps de parole et des temps d’antenne entre tous les candidats, dans des conditions de programmation comparables.
Autrement dit, donner trente minutes à un candidat à 3 heures du matin et trente minutes à un autre au journal de 20 heures ne suffirait pas nécessairement à respecter l’esprit de la règle.
Pourquoi les règles ont-elles changé en 2016 ?
Avant 2016, l’égalité entre les candidats s’appliquait plus tôt dans la campagne présidentielle. Une réforme adoptée cette année-là a maintenu le principe d’équité après la publication de la liste officielle des candidats et réservé l’égalité stricte à la campagne électorale officielle.
L’un des arguments avancés était que l’obligation d’une égalité parfaite pendant une période trop longue pouvait inciter les chaînes à réduire globalement leur couverture de l’élection : inviter onze candidats pendant des heures étant beaucoup plus contraignant que d’organiser librement son antenne. Le compromis actuel privilégie donc l’équité pendant l’essentiel de la période électorale, puis l’égalité à l’approche immédiate du vote.
Comment l’Arcom contrôle-t-elle tout ça ?
Les chaînes de télévision et stations de radio concernées comptabilisent elles-mêmes les temps de parole et d’antenne. Elles transmettent ces données à l’Arcom selon un calendrier fixé par le régulateur. À mesure que le scrutin approche, les transmissions peuvent devenir beaucoup plus fréquentes.
L’Arcom vérifie ensuite les relevés et les rend publics. Tout citoyen peut donc consulter les données et regarder combien de temps chaque candidat a obtenu sur les différentes antennes. Et lorsqu’un déséquilibre est constaté, l’Arcom peut intervenir auprès du média concerné et, si nécessaire, utiliser les pouvoirs de contrôle et de sanction dont elle dispose.
Les limites du chronomètre
Le système a néanmoins une limite évidente : une minute n’est pas toujours égale à une minute. Dix minutes d’interview complaisante et dix minutes d’interrogatoire particulièrement hostile représentent toujours dix minutes dans un compteur. C’est notamment pour cette raison que l’Arcom ne regarde pas seulement la durée brute : elle tient également compte des horaires et des conditions de programmation.
Autre limite : une part croissante de la campagne politique se déroule aujourd’hui sur TikTok, Instagram, YouTube, X ou d’autres plateformes. L’Arcom dispose désormais de compétences concernant certaines obligations des plateformes numériques, notamment autour de la manipulation de l’information, mais il n’existe pas sur les réseaux sociaux un système équivalent à l’égalité des temps de parole imposée aux télévisions et aux radios.
Un candidat peut donc diffuser plusieurs heures de contenu chaque semaine sur ses propres réseaux sans que celles-ci entrent dans un « compteur Arcom » comparable à celui de la télévision.
Pourquoi ça vous concerne
Ces règles peuvent sembler extrêmement techniques. Elles répondent pourtant à une question démocratique assez simple : qui décide des candidats que vous avez la possibilité d’entendre ?
Sans régulation, une chaîne pourrait théoriquement concentrer presque toute son attention sur quelques candidats considérés comme les plus populaires ou les plus intéressants pour son audience. L’équité cherche à limiter ce déséquilibre pendant la campagne.
Et pendant la campagne officielle de l’élection présidentielle, l’égalité va plus loin : quelle que soit leur position dans les sondages, tous les candidats doivent bénéficier du même temps de parole et du même temps d’antenne, dans des conditions comparables.
Lors de la présidentielle de 2027, les relevés publiés par l’Arcom permettront donc de regarder concrètement comment les différentes chaînes ont réparti leur antenne. Et cette fois, vous saurez exactement ce que les compteurs mesurent.
Contenu vérifié le 10 août 2026. Les règles spécifiques et le calendrier arrêtés par l’Arcom pour l’élection présidentielle de 2027 devront être vérifiés lors de leur publication.
Sources
- Arcom — Protéger le pluralisme politique
- Arcom — Relevés des temps de parole
- Loi n° 62-1292 du 6 novembre 1962 relative à l’élection du Président de la République au suffrage universel (article 3)
- Vie-publique.fr — régulation des temps d’expression en période électorale