Publié le 9 août 2026
État des lieux au 8 août 2026.
À moins de deux ans du premier tour, une chose frappe : la présidentielle de 2027 se prépare presque sans primaires. Alors que 2017 avait été marquée par deux grandes primaires ouvertes (la droite fin 2016, le « Belle Alliance populaire » à gauche début 2017) et 2022 par la Primaire populaire, la plupart des partis ont cette fois choisi de désigner leur candidat en interne, quand ils n’ont pas déjà tranché. Seul le Parti socialiste maintient, pour l’heure, l’idée d’un vote ouvert à plusieurs formations. Tour d’horizon.
À gauche : le rêve d’une primaire commune s’est effondré
C’est le grand feuilleton de l’été. Pendant des mois, une partie de la gauche a plaidé pour une primaire unitaire censée désigner un candidat unique face au bloc central et au Rassemblement national. Ce projet est aujourd’hui largement enterré, victime de deux départs.
Le premier est celui de La France insoumise. En officialisant sa candidature dès le 3 mai 2026, Jean-Luc Mélenchon a court-circuité tout processus commun : il ne participera à aucune primaire. Le second, plus tardif et plus lourd de conséquences, est venu du camp qui portait pourtant l’idée.
Le 9 juillet 2026, les militants du Parti socialiste ont tranché : à environ 55 %, ils ont choisi une primaire « fermée », réservée au seul espace socialiste (les adhérents du PS et les formations du « pôle socialiste », dont Place publique), prévue pour octobre 2026. Ce vote désavoue le premier secrétaire Olivier Faure, qui militait pour une primaire large ouverte à toute la gauche hors LFI ; il a néanmoins refusé de démissionner. Côté prétendants, plusieurs noms circulent (Philippe Brun, Jérôme Guedj, Karim Bouamrane), et surtout celui de Raphaël Glucksmann (Place publique), longtemps réticent à toute primaire, qui pourrait finalement s’y présenter.
Pour les autres, la décision socialiste a sonné la fin de la partie. Dès le lendemain, Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, a acté la rupture : « Les adhérent·e·s du Parti socialiste ont hier soir décidé d’enterrer la primaire, comme la FI l’a fait. » Désignée par ses militants dès décembre 2025 (avec 86 % des voix), elle s’oriente vers une candidature autonome. Le Parti communiste (autour de Fabien Roussel) et François Ruffin, avec son mouvement « Debout ! », avaient déjà pris leurs distances.
Résultat : plutôt qu’une primaire fédératrice, la gauche s’achemine vers une multiplication des candidatures : Mélenchon (LFI), un vainqueur de la primaire socialiste, Tondelier (Écologistes), sans doute un candidat communiste, sans oublier Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière). La seule véritable « primaire » de la campagne sera donc, sauf revirement, le scrutin interne socialiste d’octobre.
À droite : Les Républicains ont déjà choisi
Chez Les Républicains, la question a été réglée au printemps. Le 19 avril 2026, les adhérents ont voté non pas lors d’une primaire ouverte, mais pour désigner directement leur champion : Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur et président de LR depuis mai 2025, a été largement plébiscité. Une primaire élargie a été explicitement écartée. La droite classique aborde donc 2027 avec un candidat déjà investi, même si des figures comme Xavier Bertrand ou David Lisnard continuent de se positionner en marge du parti.
Au centre et dans la macronie : la dispersion
C’est peut-être le bloc le plus éclaté. Héritier de la majorité présidentielle, le « socle central » n’a ni primaire ni candidat unique. Chacun avance pour son compte :
- Gabriel Attal (Renaissance) a officialisé sa candidature le 22 mai 2026 ;
- Édouard Philippe (Horizons) est déclaré depuis septembre 2024, après sa rupture avec Emmanuel Macron ;
- Gérald Darmanin (garde des Sceaux, mouvement « Populaires ») se dit tenté et « travaille sur un projet », sans s’être formellement déclaré.
Aucun dispositif ne prévoit pour l’instant de les départager. La perspective d’une primaire du centre revient régulièrement, mais se heurte aux ambitions personnelles et à l’absence de structure commune : le risque d’une triple, voire quadruple candidature centriste au premier tour est réel.
À l’extrême droite : ni primaire, ni suspense d’appareil
Au Rassemblement national, la logique est tout autre : le parti ne pratique pas la primaire. La seule inconnue tenait à l’éligibilité de Marine Le Pen, condamnée en 2025 à une peine d’inéligibilité. Mais l’arrêt d’appel du 7 juillet 2026 l’a rendue de nouveau éligible pour 2027 (un pourvoi en cassation reste pendant). Sa candidature redevient l’hypothèse centrale, Jordan Bardella, président du parti, restant le « plan B » en cas de nouvel accident judiciaire. À Reconquête, Éric Zemmour conserve la main sur sa propre candidature, là encore sans primaire.
Pourquoi si peu de primaires en 2027 ?
Le contraste avec les cycles précédents interroge. Après les primaires ratées de 2017 (qui avaient désigné des candidats, Benoît Hamon et François Fillon, finalement battus) et l’échec de la Primaire populaire de 2022, l’outil a perdu de son prestige. Beaucoup de responsables y voient un exercice risqué : il expose les divisions, peut imposer un candidat affaibli, et laisse des perdants rancuniers. La désignation interne, plus contrôlée, a la faveur des appareils.
À gauche, la primaire achoppe surtout sur une question de fond : faut-il ou non inclure La France insoumise ? L’impossibilité de répondre collectivement à cette question a, plus que tout, fait capoter le projet d’une candidature unique.
Ce qu’il faut surveiller
Trois échéances méritent l’attention. D’abord, la primaire fermée du PS en octobre 2026, seul scrutin de ce type encore programmé, et le duel possible entre la ligne Faure et un éventuel candidat Glucksmann. Ensuite, la formalisation de la candidature de Marine Tondelier et la recomposition d’un pôle écologiste et social hors PS. Enfin, du côté du bloc central, la question de savoir si Attal, Philippe et Darmanin finiront par s’entendre sur un mode de départage, ou partiront chacun de leur côté.
Une certitude, au 8 août 2026 : contrairement à 2017, ce n’est pas une primaire qui désignera l’essentiel des candidats de 2027, mais des choix d’appareils et des rapports de force internes. Le paysage reste mouvant (plusieurs candidatures ne sont encore que « pressenties ») et pourrait évoluer d’ici l’ouverture officielle de la campagne.
Sources
- France 24 — Bruno Retailleau désigné candidat des Républicains, une primaire écartée
- Europe 1 — Le PS choisit une primaire fermée, Faure désavoué, Glucksmann attendu
- Public Sénat — Le PS enterre la primaire ouverte et fragilise Olivier Faure
- LCP — Marine Tondelier acte la rupture
- franceinfo — Les Écologistes consultent leurs militants sur une primaire hors LFI
- LCP — La liste des candidats déjà en lice et des prétendants
- Wikipédia — Primaire de la gauche unitaire de 2026
Article rédigé le 8 août 2026. Certaines candidatures restent « pressenties » et plusieurs processus de désignation ne seront finalisés qu’à l’automne 2026 : données à réactualiser.
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