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De la télé à TikTok : comment les campagnes présidentielles ont changé de terrain

Un débat télévisé et un smartphone diffusant une vidéo courte, illustrant le passage de la télévision aux réseaux sociaux.

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Publié le 13 août 2026 · Mis à jour le 18 août 2026

Pendant cinquante ans, une campagne présidentielle se gagnait à la télévision. En 2027, elle se joue aussi, et peut-être d’abord, sur les réseaux sociaux. Le changement ne tient pas qu’aux habitudes : les deux terrains n’obéissent pas aux mêmes règles.

Le temps de la télévision

En 1965, pour la première élection du président au suffrage universel direct, les candidats découvrent la télévision. Charles de Gaulle, qui la boude d’abord, doit s’y résoudre entre les deux tours. Neuf ans plus tard, en 1974, Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand s’affrontent dans le premier débat télévisé de l’entre-deux-tours, suivi par environ 25 millions de téléspectateurs. Le rituel s’installe pour un demi-siècle : tout le monde regarde la même chose au même moment.

2007 marque un tournant dans l’usage participatif d’Internet en campagne. Ségolène Royal lance « Désirs d’avenir », un site où les sympathisants débattent et contribuent au programme, tandis que blogs et vidéos amateurs se multiplient. En 2017, Jean-Luc Mélenchon tient des meetings par hologramme dans plusieurs villes à la fois et sa chaîne YouTube dépasse celles de tous ses concurrents. La présidentielle de 2022 voit l’arrivée massive de TikTok : la plupart des candidats ouvrent un compte, et les soutiens d’Éric Zemmour y mènent une campagne militante très organisée, documentée par la presse. Lors des européennes de 2024, Jordan Bardella comptait environ 1,6 million d’abonnés sur TikTok, contre environ 4,5 millions pour Emmanuel Macron.

Deux terrains, deux règles du jeu

C’est le point le moins connu, et le plus important. À la télévision et à la radio, la parole politique est strictement encadrée par l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel. Dans les mois qui précèdent le scrutin s’applique un principe d’équité : chaque candidat reçoit un temps d’antenne proportionné à sa représentativité. Deux semaines avant le premier tour, place à l’égalité stricte : chaque seconde de parole est chronométrée, chaîne par chaîne, et tous les candidats, favoris ou non, disposent du même temps.

Sur les réseaux sociaux, il n’existe pas d’équivalent à ces règles. Le Conseil constitutionnel le relève lui-même : presse et Internet échappent au régime des temps de parole. La visibilité d’un candidat n’y dépend pas d’un régulateur public mais de systèmes de recommandation, propres à chaque plateforme, qui peuvent favoriser les contenus émotionnels, polarisants ou fortement engageants. Un candidat très suivi peut donc toucher chaque jour des millions de personnes quand un autre reste invisible, sans que rien ne l’encadre à la manière de l’audiovisuel.

Ce que chacun y gagne, et y perd

Les réseaux ont rapproché la politique d’un public qui ne regardait plus la télévision. Un candidat s’adresse directement aux électeurs, sans passer par un journaliste ; des créateurs de contenus vulgarisent les programmes. Selon le baromètre La Croix-Verian de janvier 2026, 42 % des Français s’informent auprès d’influenceurs, dix points de plus en deux ans. En face, les formats courts se prêtent mal au débat de fond, les fausses informations circulent plus vite que leurs corrections, et il est souvent difficile de savoir qui organise ou finance certaines campagnes de contenus militants.

La présidentielle de 2027 sera la première où une part importante des primo-votants aura passé toute son adolescence avec TikTok et la vidéo courte. L’écart entre un terrain minutieusement régulé et un autre qui ne l’est presque pas, lui, reste entier.

Pourquoi cet article ?

Une part croissante des électeurs découvre la politique sur les réseaux sociaux, où les contenus d’information, d’opinion et de militantisme se côtoient sans toujours être clairement distingués. Politips veut offrir un autre point d’entrée : expliquer les règles, les institutions et les candidats avec les mêmes exigences pour tous, à partir de sources identifiables et vérifiables, sans consigne partisane. Notre méthode, nos sources et nos engagements sont détaillés sur la page Transparence.

Sources

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