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Catégorie : Grands dossiers

Nos grands dossiers thematiques : un sujet commun a tous les programmes, explique et chiffre, pour comparer ensuite les propositions des candidats.

  • La dette de la France : d’où elle vient, à quoi elle sert, ce qu’elle coûte

    La dette de la France : d’où elle vient, à quoi elle sert, ce qu’elle coûte

    À la fin du premier trimestre 2026, la dette publique française atteint 3 536 milliards d’euros, soit 117,5 % du produit intérieur brut (PIB), selon l’Insee. Le chiffre revient dans tous les programmes pour 2027, souvent sans explication. Cette fiche reprend les bases : ce qu’est cette dette, comment elle s’est formée, qui la détient, pourquoi on la compare à la richesse produite chaque année, et quelles autres lectures existent.

    Ce qu’on appelle « la dette »

    La dette publique désigne l’ensemble des sommes empruntées par les administrations publiques et pas encore remboursées. « Publiques » ne veut pas dire seulement l’État : le périmètre comprend aussi la Sécurité sociale, les collectivités locales (communes, départements, régions) et des organismes rattachés à l’État comme les universités ou SNCF Réseau. L’État pèse tout de même l’essentiel, environ 2 760 milliards sur 3 416 fin septembre 2025, soit quatre cinquièmes du total, d’après le Sénat.

    Cette dette n’est pas un crédit bancaire. L’État emprunte en vendant des titres sur les marchés financiers, par l’intermédiaire de l’Agence France Trésor (AFT), un service du ministère des Finances. Deux familles de titres existent : les bons du Trésor (BTF), remboursés en moins d’un an, et les obligations assimilables du Trésor (OAT), dont la durée va de deux à cinquante ans. Environ 10 % des titres ont un capital indexé sur l’inflation, et la durée moyenne restant à courir sur la dette de l’État est d’un peu plus de huit ans.

    Chaque semaine, l’AFT vend de nouveaux titres. Ils servent à rembourser ceux qui arrivent à échéance et à financer le déficit de l’année. Pour 2026, elle prévoit 310 milliards d’euros d’émissions à moyen et long terme nettes des rachats, un montant jamais atteint.

    D’où elle vient

    Le point de départ se date facilement. En 1974, la dette représentait environ 15 % du PIB et les administrations publiques dégageaient encore un excédent. C’est le dernier exercice en équilibre : depuis 1975, chaque année s’est terminée par un déficit, c’est-à-dire par des dépenses supérieures aux recettes. Un déficit se finance par un emprunt, et la dette grossit d’autant.

    Le ratio est passé de 21 % du PIB en 1980 à 62 % en 1997, puis s’est à peu près stabilisé jusqu’en 2007. La crise financière de 2008 l’a fait bondir. Il s’est ensuite installé autour de 98 % entre 2016 et 2019, avant un nouveau saut à 115 % en 2020, quand la pandémie a fait grimper les dépenses et chuter l’activité. Chaque crise a laissé une marche que la dette n’a jamais redescendue. Ce schéma vaut pour beaucoup de pays ; ce qui distingue la France, c’est l’absence de baisse durable entre les crises.

    À quoi elle sert

    L’emprunt finance l’écart entre ce que les administrations dépensent et ce qu’elles encaissent. Cet écart couvre aussi bien des investissements (infrastructures, défense, recherche) que des dépenses courantes (salaires publics, retraites, prestations sociales, remboursements de soins). Les comptes ne permettent pas de dire quel euro emprunté paie quelle dépense.

    C’est l’un des sujets de désaccord entre économistes. Certains jugent légitime d’emprunter pour des investissements qui profiteront aux générations suivantes. D’autres estiment qu’un endettement devient problématique quand il finance surtout le fonctionnement courant. Politips ne tranche pas ; la question fera partie du débat sur les programmes économiques de 2027.

    Ce qu’elle coûte

    Un État ne rembourse pas sa dette comme un ménage solde son crédit. Il rembourse les titres arrivés à échéance en émettant de nouveaux titres, et tant que les comptes restent déficitaires, l’encours total continue de monter. Ce qui pèse réellement sur le budget chaque année, ce sont les intérêts versés aux détenteurs.

    Pour 2026, le budget de l’État prévoit 59,3 milliards d’euros de charge de la dette, davantage que n’importe quelle mission régalienne, d’après la commission des finances du Sénat. Pour l’ensemble des administrations publiques, la charge d’intérêts représentait 2,2 % du PIB en 2025, contre 1,3 % en 2020 (chiffres FIPECO). Plusieurs médias avancent des montants de 67 à 77 milliards pour 2026 : les écarts viennent du périmètre retenu (État seul ou toutes administrations) et de la méthode comptable. Le montant définitif dépendra aussi des taux et de l’inflation, et ne sera connu qu’après l’exécution du budget.

    Deux phénomènes expliquent la hausse. La dette a grossi, mais surtout les taux sont remontés. Entre 2015 et 2021, l’État a emprunté à des taux proches de zéro. Ces titres ne disparaissent pas d’un coup : à mesure qu’ils arrivent à échéance, ils sont remplacés par des titres émis plus cher. L’OAT à dix ans se situait autour de 4 % fin août 2026, selon l’AFT. L’effet est donc progressif. L’AFT estime qu’une hausse durable de un point sur l’ensemble des taux coûterait 3,2 milliards de plus la première année, et 33,5 milliards au bout de neuf ans.

    Qui la détient

    Les titres changent de mains en permanence, mais la Banque de France en mesure la répartition chaque trimestre. Au 31 mars 2026, les investisseurs non résidents, c’est-à-dire établis hors de France, détenaient 55,9 % des titres de dette à long terme des administrations publiques. Le reste est porté par des acteurs français : assureurs (notamment via l’assurance-vie), banques, fonds de placement, et la Banque de France elle-même, qui a acheté des titres dans le cadre de la politique monétaire de la zone euro.

    qui detient la dete

    « Non résident » ne désigne pas un pays. Le terme recouvre des banques centrales étrangères, des fonds de pension, des gestionnaires d’actifs, des assureurs, situés dans la zone euro comme hors d’Europe. L’AFT ne publie pas de répartition par nationalité.

    Cette part étrangère se lit de deux façons. Selon la commission des finances du Sénat, elle est proche de celle observée sur la dette allemande, et l’AFT y voit un signe de l’attractivité des titres français. D’autres observateurs soulignent l’inverse : une dette largement détenue à l’étranger réagit plus vite aux chocs politiques ou internationaux. Les deux lectures se retrouvent dans le débat public.

    Où en sont nos voisins

    Les comparaisons se font avec les chiffres d’Eurostat, calculés selon la même définition pour tous les pays de l’Union, la « dette au sens de Maastricht ». À la fin du premier trimestre 2026 :

    dette en europe

    La France se situe au troisième rang de la zone euro en proportion du PIB, et au premier en montant absolu, son économie étant plus grande que celles de l’Italie et de la Grèce. Les règles européennes fixent une valeur de référence à 60 % du PIB, que la majorité des pays de la zone euro dépasse aujourd’hui.

    Pourquoi on la mesure en pourcentage du PIB

    La dette et le PIB ne mesurent pas la même chose, et c’est la première chose à comprendre. La dette est un stock : elle s’est accumulée au fil des années, déficit après déficit, emprunt après emprunt. Le PIB est un flux : la richesse produite par l’économie française pendant une seule année. Comparer les deux revient donc à rapporter un stock constitué sur des décennies à douze mois de production.

    Dire que la dette représente 117,5 % du PIB ne signifie pas que la France « doit 117,5 % de sa richesse ». Cela signifie que son stock de dette équivaut à environ 1,2 année de production nationale.

    Pourquoi ce ratio, alors ? Parce que le PIB donne une idée de la taille de l’économie qui génère les salaires, les profits et, par l’impôt, les recettes qui servent à payer les intérêts. Rapporter la dette au PIB, c’est comparer ce qu’on doit à ce qu’on est capable de produire, comme une banque compare un crédit au revenu de l’emprunteur. Le ratio permet aussi de comparer des pays de tailles différentes et de suivre l’endettement dans le temps sans que l’inflation fausse la lecture.

    Il a en revanche ses limites. Il peut baisser alors que la dette en euros continue de monter : c’est ce qui s’est passé entre 2021 et 2023, quand la reprise et l’inflation ont fait grimper le PIB nominal plus vite que la dette. À l’inverse, une récession fait monter le ratio même si la dette bouge peu, simplement parce que le PIB recule.

    Les autres façons de lire le chiffre

    Le ratio dette brute sur PIB est la mesure officielle, mais d’autres indicateurs éclairent chacun un aspect différent.

    La dette nette retire les actifs financiers que possèdent les administrations : trésorerie, participations, prêts accordés. L’Insee la chiffre à 109,7 % du PIB fin mars 2026, huit points sous la dette brute. Avec la définition plus large de l’OCDE, qui déduit davantage d’actifs, elle tombait à 73,7 % fin 2025 (FIPECO). Ce dernier chiffre sert parfois à relativiser le niveau français ; ses critiques répondent que les actifs déduits ne sont pas tous vendables.

    La charge d’intérêts rapportée aux recettes mesure la part des ressources publiques absorbée par la dette. C’est l’un des indicateurs que suivent les agences de notation. À l’été 2026, S&P et Fitch attribuent à la France la note A+, et Moody’s la note Aa3 assortie d’une perspective négative. La France reste dans la catégorie « investissement », celle des emprunteurs jugés fiables.

    L’écart de taux avec l’Allemagne, le « spread », donne la température des marchés au jour le jour. Quand il s’élargit, les investisseurs réclament une rémunération plus élevée pour détenir de la dette française plutôt qu’allemande.

    La dette par habitant, enfin, vaut environ 51 000 euros au premier trimestre 2026 (3 536 milliards divisés par 69,1 millions d’habitants). Le chiffre parle, mais il ne correspond à aucune facture : la dette est portée par les administrations et servie par l’impôt, pas par un prélèvement individuel.

    Faut-il s’en inquiéter ?

    Le montant seul ne permet pas de répondre. Une dette élevée peut rester soutenable si l’économie progresse, si les recettes suivent et si les intérêts restent contenus. Elle devient plus difficile à porter quand sa charge augmente vite, que les déficits persistent et que la croissance est faible. Les économistes regardent donc plusieurs choses à la fois : le niveau de dette, son évolution, le déficit, le coût des intérêts, la croissance.

    Aucune de ces lectures n’est neutre en soi. Mettre en avant la dette brute, la dette nette ou la charge d’intérêts est déjà un choix d’argumentation, et les candidats de 2027 ne choisiront pas tous le même indicateur. La lecture la plus prudente consiste à les regarder ensemble.

    Chiffres vérifiés le 25 août 2026. Les données trimestrielles de l’Insee et d’Eurostat sont provisoires et peuvent être révisées. Prochaines publications : Insee fin septembre 2026 (deuxième trimestre), Eurostat le 21 octobre 2026.

    Sources

    • Insee, dette publique au premier trimestre 2026 (25 juin 2026)
    • Eurostat, dette publique au premier trimestre 2026 (21 juillet 2026)
    • Touteleurope, carte de la dette publique des États de l’UE (juillet 2026)
    • Agence France Trésor, chiffres clés et émissions
    • Banque de France, émission et détention de titres français, premier trimestre 2026
    • Sénat, rapport général sur le projet de loi de finances pour 2026, contexte économique et financier
    • Sénat, projet de loi de finances pour 2026, mission Engagements financiers de l’État
    • Sénat, commission des finances, la structure de détention de la dette de l’État (2025)
    • Sénat, la dette publique de la France : un poids du passé, un défi pour l’avenir (2017)
    • FIPECO, le montant et l’évolution de la dette publique
    • FIPECO, la charge d’intérêts de la dette publique
    • FIPECO, l’évolution des dépenses publiques depuis 50 ans
  • Inflation et pouvoir d’achat : pourquoi a-t-on parfois l’impression de perdre même quand l’inflation ralentit ?

    Inflation et pouvoir d’achat : pourquoi a-t-on parfois l’impression de perdre même quand l’inflation ralentit ?

    Les prix augmentent moins vite qu’en 2022 ou 2023. Pourtant, beaucoup de Français continuent d’avoir le sentiment que leur budget reste sous pression.

    Il n’y a pas forcément de contradiction. Pour comprendre ce débat, il faut distinguer plusieurs notions souvent mélangées : l’inflation, le niveau des prix, le pouvoir d’achat, le revenu disponible et les dépenses que l’on ne peut pas facilement éviter.

    C’est le point de départ de ce grand dossier Politips.

    Inflation, prix, pouvoir d’achat : trois choses différentes

    L’inflation mesure la hausse générale des prix. Si un ensemble de biens et de services coûte 100 € aujourd’hui et 102 € un an plus tard, l’inflation est de 2 %.

    Mais une confusion revient souvent : quand on dit que l’inflation baisse, cela ne veut généralement pas dire que les prix baissent. Cela signifie qu’ils augmentent moins vite.

    Prenons un exemple simple. Un produit coûte 100 €. Après une hausse de 5 %, il coûte 105 €. L’année suivante, si l’inflation tombe à 2 %, son prix ne revient pas à 102 € : il passe à environ 107 €. L’inflation a fortement ralenti, mais le niveau des prix reste plus élevé.

    C’est en grande partie ce qui s’est passé depuis le choc inflationniste de 2022. En moyenne annuelle, l’inflation en France a atteint 5,2 % en 2022, puis 4,9 % en 2023, avant de retomber à 2,0 % en 2024 et 0,9 % en 2025. De 2002 à 2021, elle n’avait dépassé 2 % qu’à quatre reprises : les années 2022 et 2023 ont donc constitué une rupture importante.

    Graphique Politips : l'inflation moyenne annuelle en France, 5,2 % en 2022, 4,9 % en 2023, 2,0 % en 2024 et 0,9 % en 2025. Source INSEE.

    L’idée à retenir est simple : l’inflation a ralenti, mais cela n’a pas ramené les prix à leur niveau d’avant 2022.

    En 2026, tous les prix n’évoluent pas de la même manière

    En juillet 2026, selon l’estimation provisoire de l’INSEE, les prix à la consommation augmenteraient de 2,1 % sur un an. Mais ce chiffre moyen cache des évolutions très différentes selon les produits.

    L’alimentation augmente de 0,9 % sur un an. L’énergie progresse beaucoup plus fortement, de 12,4 %, notamment sous l’effet du gaz et des produits pétroliers. Les services augmentent également, tandis que les prix de certains produits manufacturés reculent.

    Graphique Politips : evolution des prix sur un an en juillet 2026, energie +12,4 %, services +2,3 %, ensemble +2,1 %, alimentation +0,9 %, produits manufactures -0,7 %. Source INSEE.

    Ces différences sont importantes parce qu’aucun ménage ne consomme exactement de la même manière. Une famille utilisant deux voitures et chauffant une maison au gaz ne subit pas la même évolution des prix qu’une personne vivant dans un appartement bien isolé et se déplaçant principalement en transports en commun.

    Le pouvoir d’achat ne mesure pas seulement les prix

    L’inflation et le pouvoir d’achat sont liés, mais ce ne sont pas les mêmes choses. Le pouvoir d’achat mesure ce que les revenus permettent réellement d’acheter une fois l’évolution des prix prise en compte.

    Si votre revenu augmente de 4 % alors que les prix augmentent de 2 %, votre pouvoir d’achat progresse. S’il augmente de 1 % alors que les prix progressent de 3 %, il recule. Il y a donc toujours deux côtés dans l’équation : les revenus et les prix.

    C’est aussi pour cette raison qu’une mesure politique peut agir sur le pouvoir d’achat sans faire directement baisser les prix. Une baisse d’impôt, une hausse de salaire ou une augmentation d’une prestation sociale peuvent augmenter le revenu dont dispose un ménage.

    Le revenu disponible, c’est quoi ?

    Pour mesurer le pouvoir d’achat des ménages, l’INSEE utilise notamment le revenu disponible brut, souvent abrégé RDB. L’idée est assez simple. On part des revenus des ménages (salaires, revenus des indépendants, retraites ou revenus du patrimoine), on ajoute les prestations sociales reçues, puis on retire les impôts directs et les cotisations sociales. Ce qui reste constitue le revenu dont les ménages disposent pour consommer ou épargner.

    Revenus + prestations sociales – impôts directs – cotisations = revenu disponible

    Les impôts ont donc bien un effet sur le pouvoir d’achat. Une baisse d’impôt sur le revenu peut augmenter le revenu disponible ; une hausse peut le réduire. Il faut en revanche éviter de compter deux fois certaines taxes : la TVA, par exemple, est déjà comprise dans le prix payé par le consommateur, et fait donc déjà partie des dépenses de consommation.

    Le pouvoir d’achat moyen n’est pas le pouvoir d’achat de chacun

    Les statistiques nationales décrivent une moyenne. Or il n’existe pas de ménage français moyen dans la vie réelle. Un étudiant locataire, un couple avec deux enfants, un retraité propriétaire de son logement et un salarié célibataire n’ont ni les mêmes revenus ni les mêmes dépenses.

    En 2025, le pouvoir d’achat du revenu disponible brut des ménages a reculé de 0,4 %. Ramené à une unité de consommation, une mesure qui tient compte de la taille des ménages, le recul atteint 0,7 %. Au premier trimestre 2026, le pouvoir d’achat global est resté stable par rapport au trimestre précédent ; par unité de consommation, il a légèrement reculé.

    Il est donc possible que les statistiques nationales montrent une situation relativement stable alors qu’un ménage particulier ressent une forte pression sur son budget. Tout dépend de ses revenus, de son logement, de ses déplacements, de son mode de chauffage ou encore de sa situation familiale.

    Notre budget n’est plus celui de 1990

    Pour comprendre le pouvoir d’achat sur longue période, regarder uniquement le prix des courses ne suffit pas : la structure même des dépenses a changé. Les travaux de l’INSEE et du ministère de l’Économie montrent que la part du budget consacrée à l’alimentation et à l’habillement a diminué sur longue période, tandis que le logement, les transports, les communications, les loisirs et différents services ont pris davantage de place.

    En 2024, le poste logement, eau et énergie représente 27,8 % de la dépense de consommation finale des ménages. Les transports représentent 12,7 %, l’alimentation et les boissons non alcoolisées un peu plus de 12 %.

    Cette évolution ne signifie pas que les ménages dépensent moins d’argent en alimentation qu’autrefois. Elle signifie que l’alimentation représente aujourd’hui une part plus faible de l’ensemble de leurs dépenses. Le message principal est que la question du pouvoir d’achat ne peut pas être réduite au ticket de caisse du supermarché.

    Le logement est devenu le poids lourd du budget

    Le logement est aujourd’hui le principal poste de consommation des ménages. Il faut toutefois être précis sur ce que mesurent les statistiques. Dans les comptes nationaux, le poste logement comprend notamment les loyers réellement payés, mais aussi ce que l’INSEE appelle les loyers imputés des propriétaires occupants.

    Il s’agit d’une convention statistique permettant de mesurer le service rendu par le logement, même lorsqu’un propriétaire ne se verse évidemment pas de loyer à lui-même. On ne peut donc pas dire qu’un ménage français verse réellement 27,8 % de son revenu à un propriétaire. Mais la tendance de fond est claire : le logement occupe une place très importante dans le budget, et les dépenses liées au service de logement ont fortement progressé depuis 1990.

    Une partie du revenu est dépensée avant même que l’on commence à choisir

    Pour comprendre le sentiment de contrainte budgétaire, une autre notion est particulièrement utile : les dépenses pré-engagées. L’INSEE regroupe sous ce terme les dépenses liées à des contrats ou à des engagements difficiles à modifier rapidement : logement, énergie, assurances, abonnements de télécommunication ou certains services financiers.

    Ces dépenses doivent généralement être payées avant que le ménage décide de consacrer le reste de son budget à des achats plus facilement arbitrables. Et leur poids a augmenté sur longue période.

    Graphique Politips : part des depenses pre-engagees dans le revenu disponible, 27,1 % en 1990, 28,1 % en 2000, 29,9 % en 2010 et 2020, 30,3 % en 2024. Source INSEE.

    Autrement dit, sur 100 € de revenu disponible, environ 30 € sont aujourd’hui consacrés à des dépenses déjà engagées avant les autres arbitrages du ménage. Et le logement représente de loin la plus grande partie de ces dépenses.

    Graphique Politips : decomposition des depenses pre-engagees en 2024, logement 22,8 %, assurances et finance 4,7 %, information et communication 2,2 %, cantine et autres 0,6 %. Source INSEE.

    C’est une donnée importante pour comprendre le pouvoir d’achat ressenti. Deux ménages gagnant exactement la même somme peuvent disposer d’un budget réellement disponible très différent si l’un consacre 600 € à son logement et l’autre 1 200 €.

    Internet, téléphone et abonnements ont-ils créé de nouvelles dépenses ?

    Oui, mais leur poids doit être relativisé. Internet, le téléphone mobile, les abonnements numériques et différents services qui n’existaient pas ou étaient très peu utilisés en 1990 font désormais partie de la vie quotidienne, et représentent donc de nouvelles dépenses récurrentes.

    Mais une partie de ces nouveaux usages a également remplacé d’anciennes dépenses. Le smartphone a en partie remplacé le téléphone fixe, l’appareil photo, le GPS ou certains lecteurs de musique ; le streaming a remplacé une partie des dépenses consacrées aux CD, aux DVD ou à la location de films.

    Dans les dépenses pré-engagées, les services d’information et de communication représentaient 1,7 % du revenu disponible en 1990. Cette part a augmenté dans les années 2000 avant de redescendre autour de 2,2 % en 2024.

    Graphique Politips : part pre-engagee liee a l'information et la communication, 1,7 % en 1990, 2,4 % en 2000, 2,9 % en 2010, 2,3 % en 2020, 2,2 % en 2024. Source INSEE.

    Les nouvelles dépenses numériques ont donc modifié le budget des ménages, mais elles n’expliquent pas à elles seules la pression ressentie sur le pouvoir d’achat. Le logement reste beaucoup plus important.

    Les courses sont-elles vraiment plus difficiles à payer qu’en 1990 ?

    La question paraît simple, mais il faut choisir un indicateur comparable. Une méthode consiste à prendre un panier alimentaire théorique constant, à reconstituer son prix grâce à l’indice des prix de l’alimentation de l’INSEE, puis à comparer ce prix au SMIC horaire de chaque époque. Le résultat est assez contre-intuitif.

    Graphique Politips : nombre d'heures de SMIC pour un meme panier alimentaire, 10,7 h en 1990, 9,0 h en 2000, 7,9 h en 2010 et 2020, 8,1 h en 2026. Source INSEE.

    Ce calcul ne représente pas le budget réel d’un ménage : il mesure uniquement le rapport entre le prix d’un même panier alimentaire et le salaire minimum horaire. Mais il montre quelque chose d’intéressant. Les courses coûtent beaucoup plus cher en euros qu’en 1990, mais le SMIC a lui aussi fortement progressé. Sur longue période, le même panier alimentaire représente donc moins d’heures de travail au SMIC qu’au début des années 1990.

    Cela ne signifie pas que les difficultés alimentaires ont disparu. Cela signifie que le pouvoir d’achat ne peut pas être analysé uniquement à partir du prix des courses.

    L’énergie est un poste très particulier

    L’énergie se comporte différemment de l’alimentation ou du logement : son prix est beaucoup plus volatil. Il dépend notamment du pétrole, du gaz, de l’électricité, des marchés internationaux, de la fiscalité, des politiques publiques et de la météo.

    Sur longue période, les dépenses énergétiques ont bénéficié de logements mieux isolés, d’appareils plus efficaces et de véhicules consommant moins. Mais dans le même temps, les logements sont devenus plus grands, les ménages se sont davantage équipés et les usages électriques se sont multipliés. Le résultat est une évolution relativement contenue sur longue période, ponctuée de chocs parfois très violents.

    L’année 2026 en donne un bon exemple. En juillet, les prix de l’énergie augmentent de 12,4 % sur un an selon l’estimation provisoire de l’INSEE. Pour un ménage très dépendant de la voiture, du gaz ou du fioul, une telle hausse peut avoir un impact considérable sur le budget.

    Pourquoi le ressenti peut-il être différent des statistiques ?

    Parce que les statistiques et notre expérience quotidienne ne regardent pas exactement la même chose. L’INSEE mesure des évolutions moyennes, quand chaque ménage vit une situation particulière.

    Les dépenses fréquentes sont aussi beaucoup plus visibles. Une hausse de 10 € sur le plein d’essence ou sur le ticket de caisse est immédiatement perceptible ; une augmentation progressive du revenu disponible, ou une amélioration sur un poste acheté seulement quelques fois par an, l’est beaucoup moins. Enfin, une hausse touchant une dépense impossible à éviter est plus difficile à absorber qu’une hausse portant sur une dépense facultative.

    C’est pour cela qu’il faut distinguer le pouvoir d’achat statistique et le pouvoir d’achat ressenti, sans considérer que l’un serait forcément plus vrai que l’autre. Ils ne mesurent simplement pas exactement la même chose.

    Alors, où en est réellement le pouvoir d’achat ?

    Il n’existe pas une seule réponse valable pour tous les Français. Depuis le choc de 2022, l’inflation a fortement ralenti, mais les prix n’ont pas retrouvé leur niveau précédent. Le poids de l’alimentation a diminué dans le budget sur longue période, tandis que le logement occupe aujourd’hui une place beaucoup plus importante. De nouvelles dépenses sont apparues avec le numérique et les abonnements, même si certaines ont remplacé des consommations plus anciennes.

    Surtout, près d’un tiers du revenu disponible des ménages correspond désormais à des dépenses pré-engagées. C’est probablement l’une des meilleures façons de comprendre pourquoi le pouvoir d’achat reste un sujet aussi sensible.

    La bonne question n’est donc pas seulement :

    Les prix ont-ils augmenté ?

    Il faut aussi demander :

    Une fois le logement, l’énergie, les impôts, les contrats et les dépenses indispensables payés, combien reste-t-il réellement au ménage pour choisir ce qu’il veut faire de son argent ?

    C’est à partir de cette grille que Politips analysera les propositions des candidats à la présidentielle 2027. Les programmes ne sont pas encore tous publiés et les mesures précises peuvent encore évoluer. Lorsqu’ils seront disponibles, nous reviendrons sur ce dossier pour comparer les propositions candidat par candidat : hausse des revenus, baisse des impôts, action sur les prix, énergie, logement ou dépenses contraintes.

    Pour chaque proposition, l’objectif sera de répondre à trois questions simples :

    • Qui en bénéficie ?
    • Combien coûte-t-elle ?
    • Comment est-elle financée ?

    Sources